Tourné en Grèce et en Sicile ce film est né des décors et de la lumière de ces deux pays. La
poursuite qui donne au film son côté western était idéal en ce sens qu’il permettait le

changement de décors.

Mais au lieu d’en faire un brillant exercise de style tout inspiré de
réminiscences du cinéma américain, Jean-Daniel Pollet choisit de
“tirer” son film vers une autre direction.

“ J’ai essayé plutôt de cerner avec précision, mais de l’extérieur, un
individu qui m’était familier sans trop me soucier des transformations
de son personnage au cours du film. Mon but était, en somme, de faire
le portrait d’un homme seul et non d’expliquer ses motivations.

Et si cet homme est amené à tuer malgré
lui (et ces meurtres constituent les ressorts
dramatiques de l’histoire), la mort qu’il
rencontre à la fin et qui ressemble à un
suicide, aurait pu très bien être aussi
l’aboutissement d’une histoire différente,
sans aucune violence.

Le fait, d’ autre part, que certaines
personnages - comme celui qu’interprète
Françoise Hardy - et certains paysages
présentent un caractère, sinon romantique,

du moins lyrique, caractère qu’accentue la belle musique de
Théodorakis, contribua à accentuer le décalage entre le film d’action
supposé et le résultat. Ce qui explique que les spectateurs du film en
furent, au moment de sa sortie, quelque peu déroutés. “Une balle au
cœur” n’ajouta rien à la gloire de Jean-Daniel Pollet.

Les ans et le petit écran, vont-ils permettre de découvrir un film et un
auteur? Un auteur qui déclare à propos de son film: “ J’ai surtout
essayé de suggérer, l’état intérieur du héros sans qu’il s’exprime en
fait lui-même, la caméra faisant office de révélateur”.

Le contraste du noir et du blanc pour Sami Frey, des teintes pâles pour Françoise Hardy, des
robes rouges pour les ecclésiastiques qui se promènent dans les oliviers et des chemises roses pour
les tueurs adossés à la terrasse ocre du palais, il semble que l’auteur ait absolument voulu accorder
chaque couleur à un sentiment, à un paysage, à une idée. Jaunes, verts et bleus, on a également
l’impression que les murs ont été repeints par lui et qu’ils n’ont que de valeur que par opposition.
( Le Monde 26/02/66 ).