Les Raisins Verts : 1963 - 64

C’est seulement au début des années 60 que la télévision a massivement
pénétré les foyers. Diffusé le samedi 12 octobre 1963 à 21h 30 sur la seule
chaîne (impossible de zapper), le premier numéro des Raisins verts devint
en quelques semaines l’émission la plus discutée de la télévision.

Les téléspectateurs, habitués à un univers qui est censé de distiller le
bonheur et l’évasion n’en reviennent pas. Pour l’homme de la rue les raisins
s’avèrent trop acides et ils s’en prennent au type d’humour (mauvais goût,
médiocre, vieux jeu, dada,...), au jour et l’heure de l’émission qui ne
serait pas un spectacle familial et ne convient pas aux enfants, et puis
encore d’autres sont irrités par le sautillement de l’image et par les
violents contrastes du noir et du blanc. On attaque la forme et le fond.
C’est un gros scandale et on ne peut compter les sacs postaux contenant des
lettres de protestation adressées à la ORTF. Mai’68 n’est pas encore
passé et la télévision est encore très coincée.

Une telle polémique n’étonne que si on oublie le context de l’époque. Elle a relevé les limites du tolérable dans
cette France de de Gaulle. Averty a visé juste, au coeur des cibles tabous.( l’enfant, la famille, la mort, la religion,
l’animal domestique,...). Vrai-faux reportages effets spéciaux, clips, canulars, sketches graveleux, des gags qui
défient chaque logique. Ouvertement subversive, l’émission ne durera pas un an.

Dans chaque émission une poupée est passée à la moulinette. Bien que le trucage est évident , l’indignation est
énorme et la fiction insupportable. 80 % des lecteurs de Télé 7 Jours auraient
bien aimé voir Averty enfermé à l'asile psychiatrique. En tout cas il ne s’y
embêterait pas puisque à Nantes, en 1940, il habitait en face de l’asile de fous.
Il allait visiter l’asile avec sa mère et il a vu des gens extraordinaires.

Mais Averty , grand individualiste, brave l'opinion publique. Il joue avec
délectation l’enfant terrible et tient des déclarations qui mettent volontairement
de l’huile sur le feu. Il continue à dénoncer la bêtise avec audace, esprit,
humour et une pointe d'anarchie. Ses émissions sont construites autour de
ballets surréalistes, chorégraphiés par Dirk Sanders et des sketches au vitriol
signés Jean-Loup Dabadie. Il s'agit là d'une mise en scène de l'absurde (Averty est grand admirateur d'Alfred
Jarry). Le réalisateur iconoclaste qualifie lui même son humour d' "humour intellectuel" et se définit comme un

"Dali de la télé". A ce niveau là d'acidité, ce n'est plus du divertissement, c'est une apothéose !


Michèle Arnaud (productrice)

Averty a su s’entourer d’une équipe fidèle et soudée ,qui le comprend à demi-mots et sait suivre son rythme
infernal, tout en supportant ses colères légendaires, voir spectaculaires. N’oublions non plus Robert Bordaz,
directeur général de la RTF, qui aimait ce que faisait Averty et maintenait l’émission en résistant la critique .

Jean-Christophe Averty

Dirk Sanders

Jean-Loup Dabadie