Françoise Hardy à l’Olympia












Maintenant Françoise Hardy est une vedette mais les chansons qu’elle compose ont gardé
le filigrane : ce sont toujours des extraits de son journal. Elle n’écrit que quand quelque
chose bouillonne ou sanglote en elle, voilà pourquoi en écho de la mélodie il y a une petite
musique secrète. Lorsqu’elle chante elle se raconte et on ne se raconte pas en se tortillant.
Elle a cette raideur qui est la fierté des adolescents, cette gaucherie qui est leur pudeur.
Sur la scène, elle se sent comme dans une foule inconnue : « dévisagée, scrutée, auscultée
même, je souffre ». Alors elle se tient bien droite, les bras le long du corps, le menton levé
dans un faux défi. Une attitude de victime. Françoise au bucher. Comme si chaque fois on
la violait. Bien sûr elle aurait pu rester chez elle. Mais elle ne l’a pas fait. Cela aussi c’est
un mystère.
Les autres tournent des films entre copains. Des amusettes qui s’appellent « Cherchez
l’idole », « Doù viens-tu Johnny ». Mais FH est allée se jeter dans la gueule de Vadim,
toute jeune, toute inconsciente, toute confiante. Dans « Château en Suède » elle est très
belle et elle joue très bien. Vadim a récemment confié à François Nourrissier : « Pour
l’instant je joue sur les défauts de Françoise, sur ses trous. J’en fais des caractères. Mais
si j’avais le temps, si j’en avais envie, j’inventerais pour elle un personnage qui colle à sa
peau, à sa vie, à ce qu’elle est. Ce que fut Et Dieu créa la femme pour BB. Et ça marcherait.
Pourquoi ? Parce qu’elle est décontractée, naturelle. Pas d’arrivisme, pas de calcul, pas de
métier, rien. Rien que ce grand corps et un visage qui parle. Ce serait possible, ça
marcherait ».
Candide – 14 novembre 1963 (Merci à Pierre L.)
Il faut d’abord faire férocement le ménage. Balayer des mots comme « idoles », « yeye »,
« terrible » ; couper le courant aux guitares electriques ; tirer le jukebox dans une autre
pièce ; ranger cette grosse pile de « SLC ». Puis interdire la porte à Sheila et à Sylvie
Vartan. Elles n’ont rien à faire ici, ce n’est pas leur place. Elles nous dérangeraient.
Johnny, Richard et les autres pourront toujours pleurer dehors sous la pluie, ils
n’entreront pas. Tout est prêt pour Françoise Hardy.
Car il y a malentendu. Elle est arrivée roulée par la même vague que les autres mais elle
avait été enlevée sur une autre plage. Dans les bataillons des idoles vous voyez bien
qu’elle ne marche jamais au pas, qu’elle musarde en chemin, qu’elle rêvasse. Ils sont plus
nombreux qu’elle et ils crient plus fort, alors elle se laisse faire, elle suit, rebelle
consentante. Comme ils l’ont un peu intoxiquée, elle fait parfois semblant de leur
ressembler. Sur la scène de l’Olympia, ces quelques pays twistés qu’elle hasarde c’est le
tribut qu’elle paie à la mode, sa petite concession, on pourrait dire son petit martyr. Sans
doute pense-t-elle : « en leur accordant ça ils me laisseront tranquille ».
A Sheila et Sylvie Vartan on ne
demande que de chanter, en
balançant joliment leurs corps
ferme. Ce sont des poupées
de son stéréophonique.
Mais il y a un « mystère Hardy ».
Dès le premier jour, il fut bien
évident qu’elle n’était pas comme
les autres. Pour répondre,
elle baisse un peu la tête :
« il parait que j’ai mon petit
monde à moi… » Sa phrase ne
va pas plus loin. Jamais. C’est vrai
qu’elle a toujours l’air de s’être
perdue dans un quartier
qu’elle ne connait pas (…)
Roger Vadim et Catherine Deneuve ont visité
Françoise Hardy dans sa loge à l'Olympia.
Elle reverra le couple le 20 novembre pour la
première du film "Château en Suède" réalisé
par Vadim et avec Françoise Hardy dans le
rôle d'Ophélie . Cette première s'est déroulée
dans la salle du Colisée aux Champs-Elysées.





Françoise Hardy est devenue une grande vedette à Paris, grâce à son succès à l'Olympia
et un premier film à succès "Château en Suède".
Nous sommes le lendemain de la première du film, le 21 novembre 1963. La foule
s'accumule devant sa loge et la mère de Françoise n'arrive pas jusqu'à sa fille jusqu'au
moment que celle-ci la remarque. Les haut-parleurs réclament Françoise qui, morte de trac,
rejoint la scène . La mère range les lettres de félicitations et les bouquets. Elle
avoue qu'elle ne va jamais regarder sa fille sur scène.
Vingt minutes plus tard les applaudissements éclatent et Françoise subit de nouveau
l'assaut des journalistes.
Dans l'interview, le lendemain soir, elle raconte qu'elle avait peur de perdre sa voix suite
aux émotions des derniers jours. Elle préfère ses chansons lentes mais les matinées, qui
attirent beaucoup de jeunes, elle commence avec une chanson bruyante.
Madeleine Hardy embrasse sa fille lors de la répétition du 4 novembre.
D'après Paris Match (et le livre "Je chante donc je suis") la mère de Françoise n'eut pas le courage
de venir. Elle n'eut pas plus celui d'écouter jusqu'au bout la gala à la rado. Il existe tout de même
une série de photos de Françoise et sa mère dans sa loge à l'Olympia.
Comme dans le programme le nom de Françoise Hardy
est aussi grand que celui de Richard Anthony
Ici il est marqué que le spectacle se termine le 18 décembre !
Françoise Hardy à l'Olympia 1963 : Les chansons
Sur Youtube il y a plusieurs musicoramas avec Françoise Hardy chantant à
l'Olympia, e.a. celui qui a été diffusé le 24 novembre . Ce qui nous permet de dire
que Françoisie a chanté "Je pense à lui", "Le premier bonheur du jour",
l'incontournable "Tous les garçons et les filles" et "Le temps de l'amour".
https://www.youtube.com/watch?v=7l8f2BGKkvw
Toujours sur Youtube (cliquez sur la photo ci-dessous) la visite de Françoise au
petit Conservatoire de la chanson nous permet d'ajouter 2 "nouvelles" chansons
à la liste, notamment "J'aurais voulu" et "L'amour ne dure pas toujours"
Dans l'émission "Rendez-vous avec ... "
Françoise est interviewée en plateau par
Jacqueline Joubert. Elle parle de ses
difficultés à faire de la scène et raconte qu'
elle a chanté "Vas pas prendre un tambour"
le lendemain du premier jour à l'Olympia
mais qu'elle a abandonné la chanson pour
un mois à cause des trous de mémoire.
(cliquez sur la photo)
Quand on parle de "nouvelles" chansons que Françoise a chanté à l'Olympia en
1963 on réfère aux chansons qui figurent sur ses 2 derniers EP.
Feuille d'avis de Lausanne lundi 18/11/63
Septembre 1963 : EP Vogue EPL 8139
Octobre 1963 : EP Vogue EPL 8179
Françoise Hardy à l'Olympia 1963

Elle a la gaucherie d'une jeune gazelle. Le corps est encore incertain. Aucune rondeur ne vient
s'y dessiner, elle parait étirée en longueur, laminée. Ses bras sont blancs et frêles, démesurés
et maigres. Elle n'a pas l'air de savoir très bien qu'en faire. Le visage est indécis, brouillé par le
rideau de cheveux raides qui le balayent. Elle a de brusques mouvements de têtes, décidés
comme un chevreau qui ferait front. Et c'est peut-être le secret de son charme, de cette trouble
présence, que ce contraste entre la crânerie de la démarche et l'incertitude du geste. Rien n'est
accompli chez FH. Tout est ébauché, contrarié. A l'état de promesse. Sa voix va du tendre au
réaliste. Lorsqu'elle se sera faite, elle pourra (qui sait ?), être une nouvelle Gréco. Il y a
indiscutablement un halo de poésie autour d'elle. Ce jeune faon deviendra biche si les fans ne
le mangent pas. Le plus souvent elle se balance sur scène d'un mouvement qu'on appelle twist
mais qui pourrait être celui de ces longs animaux que l'ont voit dans les zoos tromper ainsi leur
attente et leur ennui. On a envie de s'approcher et de lui tendre dans le creux de la main, une
salade qui dans son cas ferait d'ailleurs mieux d'être un steak bien épais avec deux oeufs
cassés à cheval ( Paul Morelle pour La Libération/ Merci à Pierre L. )
On a tant dit, ces jours derniers qu'elle n'avait aucun talent, qu'elle ne vendait
plus un disque, qu'elle était finie et qu'enfin l'Olympia pour elle c'était le
Père-Lachaise, que je me suis rendu au récital de Françoise Hardy comme au
martyre de sainte Blandine.
Mais cette sainte Blandine-là, Dieu merci, est diablement jolie. Sa beauté lui
tiendrait-elle lieu d'unique talent que cela vaudrait quand même la peine d'aller
l'entendre. Une chose est sûre : Elle est égarée dans le temps du yé-yé.
Françoise Hardy c'est Gréco il y a 15 ans, c'est Marlène il y en a 35.
Voix grave : Elle est faite pour chanter d'une voix grave (qu'elle possède )
des chansons sophistiquées à l'usage des plus de 40 ans. Elle devrait se tenir
raide, devant le micro, le visage cerné par un projecteur blafard et n'utiliser
ses mains que pour les gestes essentiels.
Mais comment saurait-elle tout cela si personne ne le lui dit ? Bousculée par le
succès, elle n'a pas eu le temps d'aller entendre ses illustres devancières.
Alors elle se trémousse, elle s'agite, elle remue bras et jambes, elle fait
exactement le contraire de ce que son corps, de ce que son visage lui
ordonnent de faire , elle est un peu ridicule et elle le sent. Non, Françoise Hardy,
le yé-yé n'est certes pas pour vous mais vous avez une place, peut-être plus
durable, au music-hall.
Johnny et Sylvie sont aussi venus à l’Olympia de Françoise. On voit Françoise et Jean-Marie Périer en bavardant
avec leurs copains. Sur la première photo la mère de Françoise se trouve dans l’embrasure de la porte
Discographie - Interviews - Témoignages
Jean-Jacques Jelot-Blanc et Daniel Lesueur
19 novembre 2015
Interview par Michel Cagoni pour Europe 1
La tribune de Genève N° 265 12/11/63