Enrico Giufredi intervista a Parigi in esclusiva per “Novella”
la cantante numero uno di Francia (Novella 16 janvier 1966).

On demande à Françoise Hardy de donner son avis sur ses collègues italiens
mais elle se gardera bien d’engendrer l’antipathie à un moment si précaire
(deux semaines avant San Remo) en portant un jugement négatif.

Elle dit que le festival est une lotterie , qu’elle espère bien de passer le premier
tour. Elle a choisi la chanson “Parlami di te” parce que c’est une belle chanson
avec une mélodie facile à retenir. Elle se sent proche du répertoire de
Gino Paoli
qu’elle trouve très poétique . Elle estime que c’est le plus français des chanteurs
italiens. De 1965 elle retient surtout les chansons “Il mondo” de Jimmy Fontana
et “Se non avessi piu te” ( composition Ennio Morricone) de Gianni Morandi.
Deux chansons qu’elle voulait absolument enregistrer en français mais des
collègues l’ont devancée. Elle a un faible pour
Gianni Morandi, pour elle c’est
la plus grande vedette en Italie. Il possède , contrairement à Fontana, tous les
atouts: la voix, le physique et une présence scénique qui est exceptionelle.
Dans son autobiographie elle mentionne que Gianni, au début, avait hésité
entre la boxe et la chanson, seules voies accessibles à quelqu’un du peuple pour
faire fortune.

Elle évite de se prononcer sur les chanteurs qu’elle connait peu.
( Bobby Solo, Mina). Elle apprécie beaucoup
Adriano Celentano
sans vouloir commenter son “clan”. Celentano, lui seul, est
splendide, magnifique, adorable,...un personnage fascinant et
authentique (depuis elle n’a pas changé d’avis). Ses manies et
trouvailles témoignent d’une grande originalité. Elle se souvient
très bien que son apparition suffisait pour que le cahut se
transforme dans un silence réligieux.

Elle trouve
Rita Pavone très touchante et parfaitement sincère.
C’est une chanteuse de coeur, enthousiaste et loyale. La manière
dont ses chansons reflètent ses douleurs personelles lui fait
penser à Edith Piaf.

On demande à Françoise son point de vue concernant les
différences dans le monde de la chanson entre la France, l’Angleterre et l’Italie. En France et en Angleterre la
chanson serait un sujet secondaire, un peu comme le sport. En plus limitée à qqs gens enthousiastes et les jeunes.
En Italie par contre le publique a 50 ans de moyenne et la chanson est “pane nazionale”. Elle est toujours surprise
par l’enthousiasme avec lequel le public italien accueille les chanteurs.

Elle est d’avis que des manifestations comme le festival de San Remo ou Cantagiro ( tour d’Italie pour la chanson)
ne trouvent leur équivalent nulle part au monde. Tant mieux pour les chanteurs mais elle est consciente du revers
de la médaille. Il y a les intérêts financiers qui jouent et toute une machinerie qui est mise en marche. On est au
trust, pool et même mafia.

Elle a l’intention de partir pour San Remo aux alentours du 20 janvier après un passage à Londres pour l’enregi-
strement des deux chansons du concours. (Il était question d’une seconde chanson qu’elle allait interpréter à San
Remo mais finalement on en est resté à “Parlami di te”).

Dernière question:“ Certa di vincere? ”
“ Certa di vincere ,naturalmente ” répond Françoise qui a horreur de tout ce qui est concours, compétition ou,jeu.