Les grands (au sens lit et fig.) magazines italiens se ruent sur le
festival qui est un phénomène lucratif. Début 1966 leurs articles
font le tour des participants. Il y des certitudes et des rumeurs,
des pourparlers, les petits scandales... Qui sera présent, qui
formera un couple avec qui?
Françoise, qui à cette époque est une star en Italie ( la chanson
devi ritornare”, adaption italienne de “Je veux qu’il revienne
passe régulierement à la Rai), accorde plusieurs interviews
dans son appartement à Paris. ( page 4 à 6).

Ce qui surprendra personne c’est la peur qui prend le dessus
chez Françoise. Peur que sa voix ou sa mémoire la laisse en plan.
Peur qu’elle ne passera pas le cap de la première soirée.
Peur de l’atmosphère de compétition qui dominera le Festival.
Peur qu’on malinterprète son début à San Remo, en disant qu’
elle participe parce qu’elle n’a rien à perdre vu une popularité
descendante. Peur de la catastrophe parce que sa carrière,
minutieusement construite, pourrait s’écrouler, bien au-delà de
l’Italie. Elle redoute les trois minutes de trac dans la fosse aux
lions. Elle se méfie aussi de la presse qui scande facilement la
défaite quand on n’a pas la “chance” de gagner.

Peur avant le festival et après coup le sentiment de “honte” qui s’installe facilement chez une Françoise
perfectionniste. Elle garde un très mauvais souvenir de sa “prestation’”, juste comme de l’Eurovision 1963
ou elle avait chanté “L’amour s’en va” , ayant l’impression qu’elle mâchait ses mots. Alors pourquoi n’a-t-elle
pas refusé San Remo? Sûrement elle a dû faire de son mieux pour s’y dérober.

Il y eut des pressions de ses maisons de disques. Elle prend le risque aussi par respect
pour ou le sens de l’obligation vers un publique italien qui l’adule et l’avait adoptée
aussi vite que le publique français. “Quella della mia eta” , version italienne de
“Tous les garçons et les filles” avait fait un même malheur en Italie. Et puis le fait
qu’elle a dû accepter indique l’importance commerciale du Festival qui est un vrai
marché de chansons. C’est la plaque tournante de la chanson italienne. Aucun autre
pays avait l’habitude des concours de chansons style San Remo. Le nombre croissant
de téléspectateurs cependant va favoriser ce genre d’événements dans toute l’Europe.
L’aspect compétitif de “la canzone” n’est jamais loin en Italie. La recette “Veni Vidi
Vinci”est très présente dans les émissions de télé (Canzonissima, Scala reale,...). Il faut
qu’il y a un combat et un gagnant ou ça ne vaut pas la peine.

Et la timide Françoise , qui a du mal à s’exposer, a peur de la foule. Elle arrive parfois
à oublier le publique et son attente en se concentrant sur sa chanson qu’elle essaie de
“vivre” au mieux. Mais c’est pas évident. Luigi Tenco, la gorge nouée, rate en 1967
complètement sa dernière chance pour percer. On connaît la suite. Il y a heureusement
des facteurs rassurants. Jean-Marie Périer la rejoindra. Et le petit Eduardo Vianello est
un partenaire de rêve , sympathique et communicatif.

Elle compte sur son support pour arriver à vaincre sa panique dans les coulisses du Casino. La chanson, elle
convient à un festival. La mélodie est belle et entraînante. Ca ne sert à rien d’avoir une chanson plus élaborée
ou sophistiquée quand la première impression sera concluante. “Parlami di te” est une ballade typiquement
italienne qui va en crescendo pour atteindre un régistre ou Françoise ne se sent pas à l’aise.( un peu comme
“Gli altri” , précurseur italien de “Voilà”). Et puis l’italien n’est pas la langue qu’elle parle tous les jours.
Mais on parlait de choses qui sont censées d’apporter un peu de réconfort. C’est sa tenue de scène préférée ,
l’ensemble blanc et spatial de Courrèges, qu’elle mettra pour affronter San Remo.

Ugualmente =
néanmoins