Arrivée d’Athènes le samedi de la Pentecôte, la plus grande
voyageuse de la jeune chanson, - comme la surnomment les
journalistes italiens - n’a pas eu le temps de défaire ses valises.
Londres l’attendait dès le surlendemain et, depuis le cabaret
“Le Savoy”, où elle se produit chaque nuit, dans sa tenue
Courrèges, fait salle comble. Tout avait mal commencé,
pourtant. Fatiguée par les répétitions, Françoise s’était
effondrée
dès le premier soir. Aux photographes qui la pressaient de retirer
ses grandes lunettes noires , elle avait opposé un veto formel.
Cette brève crise de larmes n’est plus qu’un mauvais souvenir.
Elle a retrouvé son équilibre et sa sérénité.

.

Mais pour bien montrer qu’elle ne se prend pas au sérieux, que sa gloire accablante a
peut-être la fragilité de certains objets précieux et, quoi qu’il en soit, qu’elle est lucide
devant son destin, Françoise, son beau visage encore tout brûlé du soleil d’Athènes a
accepté en souriant de répondre à toutes nos questions: les discrètes et celles qui le sont
moins...

La première partie de l’article parle des chansons
que Françoise chantera au Savoy, la vente de ses
disques, la condition d’idole qu’on ne doit pas
confondre avec le métier d’artiste, ... avant qu’on
passe au cinéma.

FH: Cette éclypse de deux ans ne m’a pas peinée le moins du monde, pour la bonne raison que le cinéma ça m’
ennuie. Autant je prends plaisir à voir les films des autres, autant je suis allergique à ce métier quand il me
concerne directement , en tant qu’actrice. Primo: je n’ai pas envie de jouer, je ne ressens pas la nécessité de m’
extérioser devant un caméra, d’exprimer des sentiments sur commande. Secundo: je ne suis pas d’un naturel
assez souple ni suffisamment patient pour pouvoir supporter la discipline exténuante des journées de tournage.

Vous avez pourtant accepté l’offre de Jean-Daniel Pollet?
FH: Et j’en accepterai d’autres, sans nul doute; mais exceptionnellement, comme je l’ai fait pour lui. Car je ne
veux tourner qu’avec des gens qui m’amusent ou me passionnent, des metteurs en scène dignes d’intérêt.
Il faut que l’effort harassant qu’on exige de moi soit compensé par un plaisir affectif ou une ambiance de

Séduit par l’idole que vous étiez Vadim -le premier - vous a donné votre
chance au cinéma. : en 1963 dans “ Chateau en Suède” avec un rôle inté-
ressant, un “ personnage à défendre” comme on dit. Depuis, et pendant
deux années, aucun autre metteur en scène n’a fait appel à vous. Mais, voici
que, de nouveau, un cinéaste de vingt-quatre ans, Jean-Daniel Pollet (dont
on n’a d’ailleurs jamais vu le premier long métrage “La ligne de mire” )
vient de vous faire signe pour tenir le second rôle féminin d’ “Une balle au
coeur”.